J'ai toujours dit à mon fils ainé qu'il était beau et aussi combien j'avais de la chance d'avoir un fils comme lui. Gentil, toujours compréhensif et bon. Bien sur il y a eu des périodes difficiles... En fait depuis ses 15 mois, le jour ou j'ai du le confier à d'autres bras pour retourner sur les bancs de la fac, puis sur des tabourets d'usines, puis tellement de raisons à droite et à gauche. Il a grandit différent des autres enfants, le seul refusant d'être sur les photos de groupe, le seul raisonnant avec les adultes, le seul leur tenant tête trop souvent. Le seul dans sa petite bulle. Et puis il a grandit tout court, s'est ouvert aux autres et j'ai cru être soulagée.
Pourtant les autres non plus ne sont pas si simple.
Et je suis parfois abasourdie par les mots qu'il me rapporte de l'école. Nous avons toujours dit à notre enfant que les marques n'avaient aucune valeur, nous avons refusé de le faire grandir comme ça. J'ai toujours dit à mon fils ainé qu'il fallait accepter les autres tel qu'ils sont, sans jugement. J'ai même encouragé le fait qu'il fréquente les enfants seuls comme lui dans la cour de l'école. Il est resté seul longtemps. Je l'ai encouragé chaque année à inviter des tas de copains pour son anniversaire qui viennent avec plaisir d'ailleurs alors que lui ne fête que ses frères et sœurs.
Dans nos moments a deux, dans nos déambulations, il me parle de tout ça. De comment la paire de chaussure que j'ai pour la première fois accepté d'acheter à changé le regard de certains camarades sur lui, que une telle lui avait fait un compliment sur sa nouvelle chemise... et qu'il trouve ça ridicule. "Il n'y a que mes habits qui ont changés, moi je reste pareil".

Et d'un coup je ne sais plus quoi penser. Mon cœur de mère se gonfle de fierté mais je me dis "et si ça n'avait tenu qu'à trois bout de chiffons, insignifiants pour moi? Et si j'avais pu ravaler un peu mes principes?".